Aqualand Gate : Cyber-harcèlement, méthodes de la fachosphère et racisme-sexisme institutionnel.

Je me décide à écrire cet article pour dénoncer le racisme et sexisme qui me visent et mettre en lumière les méthodes utilisées pour taire nos dénonciations. Je l’écris aussi parce que trop de choses ont été écrites à ce sujet et je n’ai rien lu d’à peu près proche de la réalité, rien qui ne soit pas dans le fantasme du grand remplacement. Et il est important que j’écrive ma version, même si elle n’a pas intéressé les journalistes spectateurs de la polémique, ceux-là même qui ont préféré interroger le directeur du parc au règlement raciste et sexiste. 

Le 8 août 2019, je me rendais dans un parc aquatique à St-Cyprien, vêtue d’un maillot de bain couvrant en lycra, dévoilant visage, mains et pieds. A l’accueil du parc, on m’a expliqué que le port du maillot de bain couvrant était interdit. L’hôtesse ne connaissait pas les raisons de cette interdiction et répétait simplement que seuls les maillots de bain au-dessus du genou étaient tolérés. J’ai alors naturellement demandé un remboursement (qui m’a été accordé) et des explications. « C’est le règlement dans tous les parcs aqualand, c’est comme ça, le burkini est interdit », cette réponse de l’hôtesse ne me donnant pas assez d’informations quant aux motivations de cette interdiction, j’ai demandé à rencontrer le directeur qu’elle s’est empressée d’appeler. Celui-ci a refusé de me recevoir.

Soit.

Je m’indigne alors sur les réseaux sociaux, notamment sur twitter en racontant cet énième épisode ségrégationniste et la machine du racisme-sexisme s’enclenche davantage. La violence que je dénonçais afin de me soustraire de l’humiliation subie dans ce parc aquatique s’est multipliée. J’ai tenu à dénoncer parce que ces règlements n’ont aucunement lieu d’être dans un pays qui se prétend être celui des droits humains. On ne peut pas sérieusement accepter que des règlements viennent porter atteintes aux droits humains, notamment des femmes. Tous les règlements, quels qu’ils soient, devraient être soumis aux droits humains et ne devraient pas porter atteinte aux libertés individuelles. Par ailleurs, je tenais à dénoncer la gestion colonialiste des corps des femmes musulmanes, mettre la France face à ses propres contradictions, ses propres malaises, ses propres démons.

Mais l’accueil qui m’est fait est d’une violence inouïe. Je pense que l’opinion publique est du côté de ces règlements, tout le monde a oublié la gravité de ces mesures et peu de gens sont vraiment inquiets par les lois/règlements dignes de régimes d’apartheid. Sous couvert de ‘laïcité’, d’’hygiène’ ou encore de ‘sécurité’, on réduit de plus en plus les droits et les libertés des femmes musulmanes portant le voile. Peu de personnes semblent alertées.

De Florian Phillippot à Véronique Genest en passant par Nadine Morano, Zohra Bitan et autres partisans du printemps républicain et de génération identitaire : tou-tes mobilisent consciemment leurs communautés sur les différents réseaux (en exportant mes tweets sur facebook notamment) pour me faire taire. Le cyber-harcèlement débute alors et la danse dure plus d’une semaine. A l’heure où j’écris, je reçois encore des messages menaçants, racistes et sexistes.

Des milliers de propos racistes et sexistes, de menaces de viol, de meurtre, de terrorisme, mon identité dévoilée, une photo de moi et mon lieu d’étude également. Pour avoir osé parler. Pour exister.

On m’accuse (en sortant des tweets de 2017 où je critique les interdictions de burkini sur les plages françaises) d’avoir monté cette affaire, d’avoir prévu le coup longtemps avant. On m’accuse du fameux racisme anti-blanc, de faire l’apologie d’un l’islam politique et d’être financée par les frères musulmans. On me compare aux terroristes dits islamistes et chaque article dresse un portrait plus sordide.

Or, je suis une femme musulmane de 22 ans et je porte le hijab. Je suis une jeune étudiante, intelligente et profondément humaniste.  Je suis de celles qui aspirent à faire progresser les droits humains, celle qui refuse qu’on taise toute critique de la société française, du monde ou de quoi que ce soit. Je suis celle qui interroge, qui se questionne et cherche : une lumière.

S’aimer quand on est calomnié-e et nié-e dans ses talents, c’est fondamental. Parenthèse fermée.

Quand on subit une injustice, on n’a pas forcément envie de garder ça pour soi. Quand on me refuse l’accès à un service en raison de ma confession et de mon genre, on me déshumanise, on me violente et c’est quelque chose de particulièrement traumatisant. Je ne fais pas ici le discours victimaire qu’on tend à coller aux minorisé-es, il faut avoir du courage pour témoigner et prendre du recul sur de telles situations et c’est ce que j’essaye de faire. Pour m’extraire de la déshumanisation qui m’a été infligée, dénoncer a été un moyen. Et c’est pour cette raison, à priori futile peut-être mais fondamentale, que je ne regrette pas d’avoir dit ce que je pensais de ce règlement et je le ferai à chaque fois que cela sera nécessaire.

Les réseaux sociaux nous permettent justement de prendre la parole quand nos droits sont violés et pour pallier cette libération de la parole, la domination s’organise en harcelant, menaçant, etc. Autrement dit, on doit non seulement subir mais la fermer aussi. Il est très important, pour nous toutes, de continuer à dire, parler, écrire. Il faut non seulement dénoncer les violences qui nous visent mais aussi toute cette organisation diabolique qui tend à nous faire regretter d’avoir pris la parole. Ces méthodes de fascistes – bien loin des valeurs démocratiques et républicaines prétendument défendues – doivent être révélées. Elles sont une atteinte à la liberté d’expression, encore une incohérence chez nos ‘charlie’. Ils et elles prétendent vouloir libérer les femmes musulmanes mais les harcèlent, menacent et violentent dès qu’elles aspirent à disposer de leurs corps comme elles le souhaitent. Il est plus que jamais urgent que la France abandonne ses réflexes coloniaux. Il faut qu’elle se modernise et qu’elle cesse d’oppresser des femmes en prétextant les libérer. Plus personne n’est dupe.

Cet épisode s’ajoute à mes (trop) nombreuses aventures racistes. La lutte pour la liberté et la justice continue. Face à ces épisodes frustrants qui génèrent beaucoup de colère, il faut s’asseoir et s’organiser. Quelle réponse proposer au racisme et au sexisme ? Comment réinvestir cette colère saine dans quelque chose de productif et collectif ? C’est cet épisode qui a vivifié mon envie de rejoindre la campagne pour les droits civiques des femmes musulmanes initiée à Grenoble. C’est là (aussi) que je puise la colère nécessaire pour continuer à lutter pour nos droits et nos libertés.

Tout le monde est d’accord pour dire que les femmes musulmanes portant le voile ont besoin de plus de libertés mais ces dernières ne cessent d’être réduites et menacées. Pas d’école, pas de travail, pas de loisirs ; même notre droit à être visibles dans l’espace public est menacé. Et à ceux et celles qui me répondent : « enlève ton voile puisque c’est si compliqué », je dis qu’on ne doit pas renoncer à ce qu’on a choisi d’être pour avoir le droit au respect.

Il est fondamental d’avoir le courage d’être soi, surtout lorsqu’on est une « manière de survivance » de la colonisation. Effacer nos identités, nos cultures, notre histoire et notre humanité fait éminemment partie de l’idéologie coloniale qui perdure dans notre société actuelle. Être soi constitue une résistance et quelle que soit la difficulté de cette mission, faisons-lui honneur.

Liza, co-fondatrice du collectif Nta rajel?

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