#PasVosBeurettes

#PasVosBeurettes

Le 16 juillet 2019, nous avons lancé le hashtag #PasVosBeurettes qui a été repris et relayé par des femmes nord-africaines et allié.e.s sur Twitter. La mobilisation avait pour but de s’insurger contre la fétichisation des femmes nord-africaines et les violences nombreuses qui en découlent. Notre compte Twitter officiel ayant été suspendu suite aux attentats de Christchurch lorsque nous dénoncions un terrorisme et un suprémacisme blanc, notre expression est passée par nos comptes personnels.

Le point de départ de la polémique est un tweet “Vive la beurette !” de XHamster, site pornographique qui a dévoilé son top 10 des recherches sur le site internet : en première position “beurette” et plus loin “marocaine”, “arabe” et même “viol”.

 

Les fantasmes sont éminemment politiques puisqu’ils sont le fruit de nos codes culturels, de nos constructions sociales, de nos imaginaires : si le terme “viol” figure dans les fantasmes les plus recherchés, c’est bien là la preuve que notre société est empreinte de culture du viol. Un crime et une classe raciale sont apparemment des fantasmes collectifs, ces derniers sont politiques et doivent être déconstruits. De même, la sexualisation des femmes nord-africaines a une histoire et celle-ci est liée au colonialisme. C’est à l’ère de l’orientalisme au 19ème siècle, apogée du colonialisme, que cet imaginaire de femme orientale – assoiffée mais privée de sexe – attendant son chevalier blanc pour la libérer s’est très largement répandu et ancré.

 

Aujourd’hui, l’on voudrait nous faire croire que c’est parce que nous aurions des moeurs légères que l’on nous représente ainsi dans les arts, le cinéma, la littérature, etc. Ces idées sont dangereuses et historiquement fausses : cet imaginaire était là bien avant que les femmes puissent assumer leurs sexualités ; l’imaginaire chicha-maquillage peu soigné-mœurs légères s’est créé depuis les fantasmes orientalistes qui existaient bien avant que des femmes puissent aller à la chicha. Nous ne sommes absolument pas responsables de cette sexualisation, nous en sommes les victimes car nous subissons les conséquences actuelles de la sexualisation forcée de nos aïeules.

 

Nous sommes celles qui sont constamment déshumanisées derrière des termes racistes tels que “beurette” ou “gazelle”.

Nous sommes celles dont les consentements sont largements bafoués dans la sexualité ; nos corps étant représentés et perçus comme des objets sexuels.

Nous sommes celles qu’on n’écoute jamais, sans cesse infantilisées, celles que le mâle blanc souhaite ‘sauver’ pour mieux dominer.

 

Que les choses soient bien claires : les femmes nord-africaines peuvent bien évidemment s’adonner à la vie sexuelle qu’elles désirent. Nous dénonçons le fantasme déshumanisant, dégradant et fétichisant qui polarise le mot “beurette”. Notre société pense les femmes nord-africaines comme prudes en attente d’une libération sexuelle. Nous n’avons besoin ni d’être préservées, ni d’être libérées ou sexualisées.

 

Les hommes nord-africains font éminemment partie du problème puisqu’ils érigent des critères de respectabilité et leur soutien est conditionnel : tous les hommes savent bien s’allier quand il s’agit de dominer des femmes. Le terme beurette est à bannir, parce que raciste et sexiste. Aucune femme ne doit être ainsi qualifiée et aucune dérogation n’existe.

 

Au patriarcat et à l’impérialisme blanc : les corps des femmes nord-africaines n’appartiennent qu’à elles-mêmes et ne sont pas un terrain supplémentaire à conquérir.

 

Le collectif Nta Rajel ?

Collectif féministe et décolonial de la diaspora nord-africaine.

 

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